Même pare-brise, ×1,9 sur le carbone : ce que révèle la comparaison de 2 EPD Saint-Gobain Sekurit

Même pare-brise. Même fabricant. Deux usines. Résultat : x1,9 sur l'empreinte carbone.

Quand on parle de décarbonation industrielle, on entend souvent que "le mix électrique compte". Mais à quel point exactement ?

Saint-Gobain Sekurit a publié deux déclarations environnementales de produit (EPD) vérifiées pour un pare-brise feuilleté de 2.1/1.6 mm. L'un est produit en France (Chantereine), l'autre en Pologne (Dąbrowa Górnicza). Même produit, même méthodologie, même vérificateur tiers. Une comparaison quasi-expérimentale.

Les chiffres (berceau à la porte, A1-A3) :

🇫🇷 France : 1,72 kg CO₂e/kg 

🇵🇱 Pologne : 3,30 kg CO₂e/kg

Soit +92% d'émissions pour la production polonaise.

Analyse comparative des émissions des pare-brises Saint-Gobain Sekurit sur les phases amont de production

🔍 Où se cache la différence ?

  • Phase A1 (matières premières) : quasiment identique - 1,14 vs 1,27 kg CO₂e/kg. La fusion du verre au gaz naturel domine dans les deux cas. L'écart de +11% s'explique par des floats différents (Stolberg DE vs mix Allemagne/Pologne) et des taux de calcin recyclé variables.
  • Phase A3 (fabrication) : c'est là que se joue la différence - 0,53 vs 2,01 kg CO₂/kg, soit ×3,8.

La raison ? Le mix électrique de l'usine de transformation.

⚡ Chantereine (FR) : 100% éolien 

⚡ Dąbrowa Górnicza (PL) : 70% mix résiduel fossile polonais

À procédé industriel comparable (découpe, bombage, laminage, autoclavage), le changement de mix énergétique multiplie par 3,8 les émissions de la phase de fabrication.

Comparaison de l'empreinte environnementale des deux pare-brises

Ce que cette comparaison nous apprend :

  1. Sur un produit industriel énergivore comme le vitrage automobile, le mix électrique n'est pas un facteur marginal, c'est le facteur déterminant de la phase de transformation.
  2. Les matières premières (A1) constituent un "plancher incompressible" tant que le procédé du verre plat reste fondé sur la combustion de gaz naturel. La décarbonation de cette phase passe par l'électrification des fours et l'augmentation du taux de calcin.
  3. La transparence de Saint-Gobain Sekurit mérite d'être saluée. Publier des EPD site par site, c'est accepter de montrer les écarts entre ses propres usines, et c'est exactement ce type de données dont l'industrie a besoin pour piloter ses investissements de décarbonation.

Dans le secteur de l'assurance automobile, ces données changent aussi la donne : un pare-brise de remplacement n'a pas la même empreinte carbone selon son lieu de production. C'est une information que les acteurs de la réparation et de l'économie circulaire doivent intégrer.

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